REBEYROLLE Paul
» S'inscrire à la News Letter
» Galerie Maeght mars 2010
» e-boutique
» Exposition à la Galerie Maeght
» Espace Paul REBEYROLLE
» Hommage à Paul REBEYROLLE
Paul Rebeyrolle est né le 3 novembre 1926 à Eymoutiers, il meurt le 7 février 2005 à Boudreville en Côte-d'Or.

Son enfance est marquée par une tuberculose osseuse, l'obligeant à de longs moments d'immobilité. Il étudie à Limoges avant de rejoindre Paris à la Libération. Il y découvre alors les peintres contemporains.

Auteur d'une œuvre immense et l'un des plus grands artistes contemporains, il fut néanmoins méconnu du grand public ainsi que de certaines institutions.

Son œuvre, toujours figurative, est marquée par la violence, la rage, la révolte face à l'oppression ou l'engagement politique. Elle est ponctuée de tableaux animaliers et paysagers, ainsi que de tableaux employant des matières collées sur la toile (terre, crin, ferraille...). Elle a été appréciée par les philosophes Jean-Paul Sartre ou Michel Foucault.

La Galerie Maeght expose régulièrement ses œuvres, chaque exposition est accompagnée de la publication d'un Derrière le Miroir illustré de sublimes lithographies originales. En 1979 une rétrospective à lieu au Grand Palais à Paris, et en 2000 à la Fondation Maeght.

Un espace d'art contemporain a été construit à Eymoutiers, son village natal, consacré principalement à son œuvre.

Tout est grand chez cet artiste : son talent, sa provocation, sa générosité, ses tableaux. Et, malheureusement, grande aussi est son absence sur les cimaises françaises. Rencontre avec l'un des plus importants peintres contemporains

La peinture est, comme la littérature, le royaume des faiseurs, des farceurs et des imposteurs. Ils inondent les galeries et remplissent les journaux. C'est pourquoi Paul Rebeyrolle reste encore un illustre inconnu dans une France qui préfère tomber à la renverse devant la première fausse valeur venue.

On ne citera pas de noms, ça prendrait trop de place, mais enfin, on n'en peut plus des rétrospectives à la gloire de tripoteurs de couleurs alors que le plus grand peintre français n'a pas eu droit à une exposition digne de ce nom depuis - frottez-vous bien les yeux - 1979.

Il ne se plaint de rien. Il a été célébré par Michel Foucault ou Jean-Paul Sartre, qui lui rendait souvent visite ( « à Paris, pas à la campagne, car il avait horreur du vert » , s'amuse-t-il). Jacques Kerchache, génie de l'expertise, a écrit qu'il était « l'un des plus grands peintres du XXe siècle » . Il a de surcroît un musée dans sa ville natale, l'Espace Paul-Rebeyrolle, à Eymoutiers, en Haute-Vienne. Il est reconnu à l'étranger. Que demander de plus ? C'est au monde de venir à lui. Pas l'inverse.

Qu'on ne compte pas sur lui pour frapper aux portes. Au contraire, il les claque. C'est l'homme qui a dit, entre autres horreurs : « La peinture doit être politique. » Ou encore : « Le monde est quadrillé par les villes, donc par la bureaucratie, par la mort. » Ou aussi : « La société capitaliste telle qu'elle est n'aura très rapidement plus besoin des artistes. »

Dès qu'il apparaît, vous comprenez pourquoi il aime tant peindre les sangliers. Ce sont des autoportraits. La même force brute, la même violence intérieure. Encore qu'il ait un gros faible pour la truite. C'est à cause d'elle que ce pêcheur enragé a quitté son Limousin natal pour émigrer avec sa femme du côté de Chaumont, à Boudreville, dans l'est de la France. « La haute Seine , dit-il, était l'une des meilleures rivières à truites d'Europe. Je venais pêcher là tous les ans. Jusqu'au jour où je suis tombé sur un vieux moulin abandonné... »

Avant de faire visiter son atelier, Paul Rebeyrolle célèbre la pêche à la truite, avec des étincelles dans les yeux : « A chaque heure de chaque saison, il y a un certain type d'éphémère qui sort de l'eau, et c'est celui-là que la truite veut. Pour bien pêcher, il faut se faire truite, vous comprenez... »

Est-il truite ou sanglier ? Il n'hésite pas : « Mon animal préféré, c'est le chien. Le sanglier incarne la force et la résistance. La truite, la ruse et la beauté. Le chien, c'est la victime. Je considère que nous vivons dans un monde de victimes. »

Il ouvre la porte, et nous voici dans l'antre de l'ogre de la peinture contemporaine, devant des toiles immenses et péremptoires qui disent presque toutes la même chose : la souffrance des hommes. Des corps entortillés. Des chairs pantelantes. Des suppliciés. Des éventrés. Des suicidés.

Paul Rebeyrolle n'est pas un peintre tout à fait noir. Il peut raconter aussi les forêts ou les rivières avec une sorte d'exaltation mystique. Son oeuvre chante, également, le printemps, l'été, la grenouille ou le chou. Oui, le chou qui est, selon lui, « une grande sculpture, une chose magnifique, comme un soleil ».

Mais il est vrai qu'on ne saurait recommander toujours Rebeyrolle aux âmes sensibles. C'est une bête furieuse qui dénonce, hurle et appelle à la résistance, sans reculer devant rien. Ni la profanation ni l'obscénité. Il peint l'effroi plus souvent que l'amour et cherche à rendre, avec une ferveur panique, la mort, les cris, le sang versé. Paul Rebeyrolle ou la révolte permanente.

Le talent, c'est souvent l'exagération

Une toile de Rebeyrolle, ça lutte, ça purule, ça baise, ça saigne, ça pisse, dans une accélération de battements de coeur. Sans complaisance dans l'horreur. Car, comme l'a souligné Sartre en son temps, le peintre a toujours la même alacrité « au niveau du travail manuel » . Une générosité débordante, aussi.

Quand on lui demande les raisons de sa colère, il répond : « Je pense que nous vivons une époque particulièrement tragique.

- L'Histoire n'a-t-elle pas toujours été tragique ?

- Sans doute. Mais la condition humaine ne s'arrange pas, au contraire. Nous vivons dans une société autophage où nous passons notre temps à nous bouffer les uns les autres, au nom du pouvoir et de l'argent.

- Allons, il y a d'autres choses qui font courir l'homme. L'art, par exemple.

- Vous rigolez ? Aujourd'hui, une toile est un investissement financier, un nouveau mode de spéculation. Ça pervertit tout. C'est pourquoi j'évite les marchands. Ils n'achètent que pour revendre et faire leur culbute. »

Moraliste, Rebeyrolle ? L'ancien communiste s'insurge contre cette image. Il se considère comme « un peintre naturaliste qui aime la vie et les gens » . Il reconnaît bien volontiers son goût de la provocation et de la dénonciation, qui est sa marque de fabrique. Mais il revendique, aussi, « un amour forcené de la nature, de la matière, des bêtes et des personnes ».

Il ne faut pas se fier à son regard doux ni à sa voix chuchotante. Il y a quelque chose de pantagruélique chez Rebeyrolle. Son atelier a une hauteur de plafond de 5 mètres, mais on sent bien qu'il étouffe là-dedans. Tout est démesuré chez lui. La fureur. La passion. L'appétit. Les toiles.

Sa plus grande toile se trouve à Bercy, au ministère des Finances, dans la salle des pas perdus, 7 mètres sur 5. Paul Rebeyrolle n'a peur de rien, surtout pas des grands formats.

« Avant de peindre , explique-t-il, je fais mes gammes. Des tas de dessins informes, que je jette sur du papier à lettres. Ça me sert, ensuite, à calculer mes formats. »

Le talent, souvent, c'est l'exagération. Rebeyrolle exagère. Il est de l'école des Hugo, Wagner ou Delacroix. Il prend des risques. Il se met en danger. Il danse sur un fil d'où il peut tomber, à tout moment, dans la grandiloquence, la vulgarité et le mauvais goût. Parfois, il lui arrive ainsi de commettre une croûte.

A ce mot, Rebeyrolle baisse les yeux. Il y a une ou deux croûtes qui attendent leur heure, sur les murs de l'atelier. Des sortes de grosses BD coloriées. On a de la peine pour elles.

« Un tableau , dit-il, doit se terminer dans le même geste et la même spontanéité que quand on l'a commencé. Sinon, c'est une croûte, et je la détruis. »

Il ne travaille pas dans la peine. Il aime dire qu'il peint en rigolant, et insiste volontiers sur son côté blagueur. Il est vrai qu'il a la rage tonique, voire sardonique. Il fait des pieds de nez. Il joue avec les matériaux.

« Si je peins un chien, j'aime qu'il ait des poils. Je vais prendre du crin. Les serpents ou les lézards, ils seront en paille de fer, dont je fais une consommation qui intrigue ma droguiste. Pour faire un hérisson, je me servirai d'une brosse en chiendent. Quant aux paysages, j'aime bien les terminer avec un peu de vraie terre ou un morceau de bois. Voilà où mène le naturalisme. Je suis un peintre qui peint ce qu'il voit. »

Mais il voit rouge de la même façon que Goya voyait noir. C'est une sorte de cousin éloigné du peintre du « Sabbat ». On pense souvent au grand Francisco devant les toiles de Rebeyrolle. La même stupeur. La même véhémence. La même ferveur.

Tout artiste est la créature de quelqu'un. De qui Rebeyrolle est-il l'enfant ? Pas seulement de Goya. Sitôt la France libérée, en 1944, il prend le premier train pour Paris avec l'intention d'y devenir peintre. En remontant le boulevard Raspail, il aperçoit un Rouault qui trône dans la vitrine d'une galerie. Il pose aussitôt sa valise et reste planté devant « cinq bonnes minutes » .

Il n'a pas fait les Beaux-Arts. Il n'a été l'élève d'aucun peintre. Il s'est construit tout seul, comme il dit. Mais, d'entrée de jeu, il s'est senti en communion avec Rouault, Picasso et Soutine, avant d'accomplir son éducation artistique, des années durant, en passant ses après-midi au musée du Louvre, devant les toiles des grands maîtres : Goya, bien sûr (« J'adore son goût du paroxysme »), mais aussi, dans le désordre, Zurbarán (« C'est au-dessus de tout ce qu'on peut espérer dans la peinture »), le Caravage (« Il peint les bras et les cuisses comme s'il couchait avec »), Delacroix (« J'aime ses délires et ses dos de femme »). Sans parler de Courbet, ou Géricault.
  • Pour recevoir les informations sur les expositions, évènements et vernissages Maeght, inscrivez-vous à notre news-letter par le lien ci-contre.
 mentions légales | newsletter