J’ai passé mon enfance au Cambodge dans une plantation de caoutchouc, où les arbres sont alignés sans horizon visuel. Puis dans la jungle, où il n’y a pas non plus de perspective. Lors de mes premiers voyages en Asie, notamment en Indonésie, je n’ai eu de cesse de chercher l’horizon, de respirer avec l’horizon. Le paysage à perte de vue, c’est un sentiment de liberté. J’ai découvert l’Afrique avec le Nord du Mali, où l’horizon n’a pas de fin, paysages désertiques animés seulement par quelques bosquets. J’ai cherché à retrouver cette sensation en Sibérie polaire, dans la toundra. Je n’étais pas à la recherche du vide, mais plutôt à l’affut de signes – le lichen, l’arbuste... – de vie. De la vue au vivre, c’est ce à quoi le paysage nous invite.
Françoise Huguier